Edito.

Des chiffres minimisés, gonflés, trafiqués

       L'écart du nombre de manifestants qui se sont rassemblés le 6 octobre 2019 contre la PMA pour tous n’avait jamais été aussi important entre les organisateurs (600 000 personnes), le cabinet Occurrence (74 500) et la Préfecture de Police (42 000). Ces évènements sont des points culminants d’une longue histoire de la quantification des manifestations. Deux discours se font souvent entendre : La Préfecture de Police minimise les chiffres pour garder l’apparence d’un maintien de l’ordre performant ; les organisateurs gonflent leur chiffre pour revendiquer une place dans le débat public. Les méthodes de ces deux parties qui paraissent s’affronter sont régulièrement soupçonnées de manquer de transparence et de précision. L’approche médiatique met souvent en valeur cette vision politique du chiffre, dans le sens d’un rapport de force qui se jouerait entre les organisations manifestantes et les institutions publiques et privées à l’instant où il faut annoncer le bon chiffre.

 

 

“PMA pour toutes : 600 000, 74 500 ou 42 000, la guerre des chiffres autour de la mobilisation” 

  MidiLibre

“Manifestation anti-PMA: ces éléments qui discréditent les chiffres de la police”

Valeurs Actuelle

“Les organisateurs de la manifestation contre la PMA pour toutes, qui ont défilé dimanche à Paris ont relancé la guerre des chiffres”

L’Express

 

Cependant, la manière dont chaque acteur produit ce chiffre est moins visible dans l’espace public, alors même que le comptage des manifestations nécessite des savoirs faire, des instruments particuliers, et des réglementations précisément définies. Notre site propose de s’intéresser à l’enjeu de la production de connaissances en matière de comptage des manifestants. Un tel regard permet de substituer à la question du « qui a raison ?», l’interrogation suivante :

 

Quelles politiques se jouent dans la production du comptage des manifestants ?

 

En parcourant nos pages, le lecteur pourra se rendre compte que le comptage des manifestants n’a rien d’évident. Celui-ci repose sur une diversité de conventions qui encadrent les pratiques de comptage. En investiguant les différents moyens employés pour quantifier ces mouvements sociaux, nous montrerons que ce que sont une manifestation ou un manifestant n’est pas consensuel. Nous comprendrons ce qui fait que certains acteurs sont en situation d’utiliser des instruments pour compter et d’attester d’un chiffre, quels publics et de quelles manières ils sont enrôlés dans la publicisation du chiffre. 

Autrement dit, nous allons investiguer dans ce site les dimensions politiques induites par ces conditions de production du chiffre. Comment compter révèle le choix du dispositif de comptage à ses implications, Qui atteste d'un bon chiffre aborde la quantification comme un acte politique sous l’angle de la fabrique de la légitimité des institutions à organiser le comptage.

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